Le fait que personne ne vulgarise
Le canton de Vaud publie une carte indicative d'admissibilité des sondes géothermiques verticales, consultable sur le portail cartographique cantonal geo.vd.ch, dans le thème de l'énergie. Elle affiche trois classes : le vert, où les forages sont admissibles du point de vue de la protection des eaux souterraines ; l'orange, où ils restent souvent possibles mais avec un suivi hydrogéologique des travaux ; et le rouge, frappé d'une interdiction de forage, principalement là où des ressources en eau souterraine doivent être protégées.
Jusque-là, rien d'exceptionnel. Mais cette carte porte une couche supplémentaire, et c'est elle qui change tout par ici. Le canton écrit que la couche « limitation de profondeur » est active principalement pour le Jura et le Pied du Jura. Là où la limitation est forte, la profondeur maximale d'une sonde est de 20 à 100 mètres ; là où elle est faible, elle se situe entre 100 et 200 mètres. Ailleurs dans le canton, des forages d'au moins 200 mètres sont envisageables.
Traduisons en langage de chantier. Une sonde produit une puissance à peu près proportionnelle à sa longueur. Si la profondeur unitaire est divisée par deux ou par trois, il faut multiplier le nombre de forages pour obtenir la même puissance — donc plus de trous, plus de surface de terrain disponible, plus de raccordements, plus de temps de foreuse. C'est la première chose à vérifier, avant même de parler de prix.
Nous n'avons trouvé aucun concurrent, ni aucun site du domaine, qui explique ce point. Il est pourtant public, écrit par le canton, et déterminant pour toute une région.
Le karst, nommé sans être nommé
Le règlement vaudois de référence s'appelle le RPCh, ou RPCL selon les pages cantonales : c'est le même texte, le « Règlement sur l'utilisation des pompes à chaleur », du 31 août 2011.
Il ne prononce jamais le mot « karst ». Il parle en revanche de cavités et de pertes de boues de forage — et quiconque connaît la géologie du Jura sait exactement de quoi il s'agit. Le calcaire jurassien est dissous par l'eau depuis des millions d'années : il est fissuré, traversé de conduits, parfois creux. Une foreuse qui rencontre un vide perd sa boue, la pression chute, et le forage devient un problème.
La Vallée de Joux en est l'illustration la plus spectaculaire de Suisse romande. Elle n'a aucun exutoire de surface : l'Orbe entre au Brassus, traverse la vallée, alimente le lac de Joux puis le lac Brenet — et disparaît sous terre par les entonnoirs de Bon Port, des pertes karstiques naturelles situées sous la surface, sur la rive occidentale du lac Brenet. L'eau parcourt ensuite environ 4,8 kilomètres sous le calcaire et ressort aux grottes de Vallorbe, quelque 250 mètres plus bas. Précisons-le, parce que la confusion est fréquente : Bon Port désigne ici un objet naturel, ces entonnoirs, et pas un lieu habité.
Ce trajet souterrain n'est pas du folklore : il signifie qu'une pollution introduite en profondeur ici peut ressortir ailleurs, vite, dans une ressource en eau utilisée. C'est précisément ce que le règlement cherche à éviter.
Ce que le canton exige d'un forage
Les conditions de fond sont écrites, et elles se comprennent bien une fois le contexte karstique posé. Les forages ne doivent pas mettre en communication des nappes d'eau souterraine distinctes, ni induire de pollution des nappes. À l'issue des travaux, les sondes sont scellées sur toute leur longueur afin d'assurer une étanchéité verticale. Au cas par cas, le suivi des travaux par un bureau d'hydrogéologues peut être exigé.
Le canton cite les normes SIA 384/6 et 384/7 pour les sondes géothermiques, et indique que les profondeurs usuelles se situent entre 50 et 300 mètres — la limitation de profondeur du Jura venant naturellement mordre dans le bas de cette fourchette. À l'échelle du canton, plus de 1'700 kilomètres de forages pour sondes ont déjà été réalisés : la technique est parfaitement maîtrisée, ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est où.
La double procédure : deux autorisations, pas une
C'est l'autre malentendu courant. Une sonde géothermique demande deux feux verts, et non un seul.
Une autorisation spéciale cantonale, délivrée par la division des eaux souterraines du canton, la DGE-GEODES, sur la base du règlement de 2011. Elle passe par le questionnaire 65a, accompagné d'un plan de situation ou d'un extrait cadastral indiquant l'emplacement des forages. Les questions préalables se posent à l'adresse de ce questionnaire, et le canton prévient lui-même que les délais de réponse peuvent actuellement être prolongés en raison du très grand nombre de demandes. Attention à ne pas confondre les services : DGE-GEODES traite le souterrain, DGE-EAU traite les eaux de surface.
Et un permis de construire communal. Le canton l'écrit explicitement : au titre de l'article 68 RLATC, les installations de chauffage sont soumises à la nécessité d'un permis de construire communal. Cela confirme au passage, noir sur blanc, que le sol-eau est exclu de la dispense de l'article 68c dont bénéficient les machines sur l'air. Pour une sonde, c'est permis de construire ordinaire, point. Bonne nouvelle en revanche : le propriétaire peut déposer lui-même sa demande sur la plateforme cantonale ACTIS, à titre d'exception prévue par la loi.
Une parcelle ne se juge pas depuis un site web
Nous allons être très clairs, parce que c'est un point d'honnêteté. Aucun site internet, y compris celui-ci, ne peut vous dire si votre parcelle accepte une sonde géothermique. Cela se vérifie parcelle par parcelle sur la carte cantonale, et cela se confirme ensuite par la procédure d'autorisation.
Le canton ajoute lui-même deux avertissements qui interdisent toute conclusion hâtive. Premièrement, la carte est dépourvue de foi publique et ne remplace pas la procédure administrative de demande d'autorisation : elle donne une indication, pas une autorisation. Deuxièmement, elle ne tient pas compte des limitations liées à d'éventuels sites pollués ou sources privées — et dans une vallée karstique où l'alimentation privée en eau existe encore, ce n'est pas une remarque théorique.
Nous n'écrirons donc jamais « la géothermie est possible aux Bioux » ou « impossible au Sentier ». Nous écrirons : allez voir la carte, puis faites déposer un questionnaire. Nos pages de lieu, comme celle du Solliat sur le versant du Risoud ou celle des Bioux, décrivent le contexte local sans jamais préjuger d'une parcelle.
Alors, faut-il renoncer ?
Non, mais il faut savoir dans quoi on s'engage, et comparer honnêtement. Une sonde bien posée offre un rendement très stable en hiver, précisément quand une vallée à plus de cent vingt jours de gel par an — 125 en moyenne à la station des Charbonnières entre 2015 et 2025 — en a le plus besoin. Elle ne fait aucun bruit dehors, ce qui règle d'avance la question du voisin. Et le canton la subventionne sous le code M-06, avec une exigence propre : l'entreprise de forage doit disposer d'un label de qualité délivré par le GSP.
En face, la machine sur l'air ne demande aucun forage, aucune autorisation cantonale spéciale et bénéficie de la procédure d'annonce allégée. Le canton relève d'ailleurs sur sa page des eaux souterraines que les pompes à chaleur air-eau ou air-air, sans forage ni pompage, ne sont notamment pas de nature à porter préjudice aux eaux souterraines. Dans une vallée comme celle-ci, l'argument pèse. Notre page sur la géothermie sol-eau détaille la comparaison, et celle de l'air-eau en fond de vallée présente l'alternative.
Quant au pompage dans la nappe, c'est un tout autre parcours : questionnaire 65b, préavis de faisabilité, puits d'essai suivi par un hydrogéologue, puis concession accordée après enquête publique. Le canton rappelle que l'eau potable passe avant le chauffage. Le registre fédéral ne recense d'ailleurs qu'un seul bâtiment sur source « eau » dans les trois communes, et à peine dix-huit sondes géothermiques au total : ce n'est pas un hasard.
Le bon réflexe : consultez la carte cantonale pour votre parcelle, puis demandez un devis. Notre installateur partenaire vous dira franchement si le forage se justifie chez vous, ou si l'air-eau fera le même travail pour moins de complications. Voir aussi la page du prix d'une installation.